La stratégie (désastreuse) de E. Macron pour réduire le chômage

En cette période de rentrée sociale qui s’annonce aussi caniculaire que l’été qui touche à sa fin, si nous nous intéressions un peu à l’économie. Bon, c’est vrai, le mot « économie » est aussi repoussant qu’une horde de touristes en sandales chaussettes…

Pourtant la pensée économique adoptée par nos élus va régir notre vie actuelle et future. Souvent, nous réduisons l’économie à de la comptabilité. Or, la comptabilité ne souffre d’aucune interprétation possible des chiffres. Les anciens dirigeants du sporting club de Bastia en ont fait l’amère expérience. En revanche, la vision économique est étroitement liée au modèle de société désiré.
D’ailleurs, il suffit, suggère une plaisanterie bien connue, de mettre trois économistes dans une même salle pour obtenir quatre points de vue différents
Ainsi, on ne dénombre pas moins de 7 écoles majeures en économie qui vont de la critique la plus exacerbée du capitalisme à l’éloge sans retenu du marché.

A ce sujet, il y a 3 notes rédigées par Natixis, à peine relevées par les médias qui sont assez intéressantes.
Déjà, il faut savoir que Natixis est une filiale du groupe BPCE (l’organe central commun à la Banque populaire et la Caisse d’épargne française). Nous sommes, donc, très éloignés des cercles de réflexion économique de la France Insoumise. Et pourtant…

Dans une note en date du 25 août 2017, Natixis pointe l’urgence de réduire le taux de chômage structurel mais se demande si cela est possible de le faire sans créer des travailleurs pauvres.

Natixis 25 aout 2017 chomage structurel

Il faut savoir que le chômage se décompose en chômage conjoncturel et chômage structurel.
Le chômage conjoncturel se résorbe avec le retour de la croissance économique qui nécessite des embauches de la part des entreprises
Le chômage structurel est la partie du chômage incompressible qui dépend des caractéristiques structurelles (éducation, fiscalité, productivité…,) de l’économie et que la stimulation de la demande ne peut pas réduire.
Ce chômage structurel est surtout le chômage des peu qualifiés et il est estimé à 8% en France.
Cela veut dire que même avec le retour de la croissance le chômage ne chutera pas en France au dessus des 8%
Natixis prévient que qu’une fois le taux de chômage revenu au niveau du taux de chômage structurel, la croissance va chuter en raison de la faiblesse des gains de productivité.
L’Allemagne, le Royaume Uni et les Etats Unis (3 pays souvent cités en exemple par « En Marche » et « Les Républicains ») ont réussi à avoir un niveau de chômage structurel faible. Comment?
Natixis nous explique qu’ils ont créé des emplois de service peu protégés et à salaire faible c’est-à-dire qu’ils ont créé des salariés pauvres.
C’est ainsi que Natixis conclut qu’il n’y pas d’autres moyens pour répondre à l’urgence de la diminution du chômage que de créer des salariés pauvres.

Dans une autre note, du 25 août 2017 ( Natixis 25 aout 2017 globalisation ), Natixis pointe du doigt le double effet négatif da la globalisation (l’ouverture des échange commerciaux avec les pays émergents, le libre-échange) dans les pays de l’OCDE :
1) La perte de revenu (ou le chômage selon l’organisation du marché du travail) pour les salariés travaillant dans les secteurs concurrencés par les pays émergents.
Cela concerne principalement les peu qualifiés.
Ils sont concernés par des pertes de revenu dans les pays qui ont mis en place une grande flexibilité et des salaires faibles (Allemagne, Royaume uni, Etats Unis). Natixis note qu’aux Etats Unis, par exemple, il y a une déformation du partage des revenus au détriment des salariés (en faveur du capital)
Ils sont impactés par le chômage dans des pays marqués par une rigidité du marché de l’emploi (France). En revanche, Natixis souligne qu’il n’y a pas eu en France de déformation du partage des revenus au détriment des salariés.

2) Les distorsions (pertes d’emplois, d’investissement) dues à la hausse de la pression fiscale qui finance les politiques économiques mises en œuvre pour lutter contre le premier effet négatif de la globalisation : augmentation des transferts sociaux, des politiques redistributives

Les pertes d’emplois dues à la globalisation peuvent conduire les pays à mener des politiques correctrices : hausse des prestations sociales (santé, indemnisation du chômage), soutien des bas revenus… Ces politiques doivent être financées, d’où une hausse de la pression fiscale. Or, c’est en France, pas aux Etats-Unis, qu’on voit cette hausse de la pression fiscale.

Enfin, une dernière note, datée du 18 août 2017, s’intitule : « peut il y avoir révolte des salariés ? ». Natixis 18 août 2017 révolte des salariés

Cette note n’est pas à l’attention des militants de la France insoumise mais des investisseurs. Il est bon de préciser.
Natixis estime que les salariés pourraient se révolter, dans les pays de l’OCDE, pour protester contre 5 points :
– Les inégalités des revenus : la proportion du revenu national détenu par les 1% ayant le revenu le plus élevé est en constante augmentation. A noter, que l’augmentation de salariés pauvres pour faire baisser le chômage structurel ne ferait qu’accroitre cette inégalité.
– La déformation du partage des revenus en faveur des profits qui s’accentue depuis 2001.
– La hausse de la pauvreté
– La faible hausse du salaire réel depuis 2000 ;
– La hausse de la pression fiscale

Et, Natixis de conclure en enjoignant les investisseurs de se poser une question politique et sociale centrale : peut-il y avoir dans le futur révolte des salariés dans les pays de l’OCDE conduisant à une hausse brutale des salaires ? Pourquoi ? Parce que, actuellement, la faiblesse de l’inflation, dans les pays de l’OCDE, est portée par la faiblesse des hausses de salaires Or, si les salaires augmentent, l’inflation suivra également et cela ralentira, entre autre, l’investissement.

Ce qui est troublant à la lecture de ces trois notes, c’est que cela nous éclaire sur l’orientation du gouvernement Macron. En effet, le choix est de réduire le chômage par la flexibilité, soit une orientation anglo-saxonne qui a, pourtant, créé du salarié pauvre. Cette orientation semble indiquer qu’Emmanuel Macron s’attaquera, ensuite, à la politique correctrice ou redistributive pour faire baisser la pression fiscale. Il semble tout miser sur l’investissement des plus fortunés sans aucune garantie.
Ce qui est encore plus troublant c’est le cercle vicieux que semble décrire ces trois notes : la mondialisation crée du chômage structurel dans les pays de l’OCDE, chômage structurel qu’il faut réduire (pour ne pas ralentir la croissance) par l’émergence de salariés pauvres, une émergence qui pourrait conduire à une révolte des salariés qui ferait tout s’écrouler.
Preuve en est que ce ne sont pas des améliorations du « logiciel » qu’il nous faut, mais carrément changer de logiciel. Et, c’est Natixis qui nous le dit (presque)

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