Ce soir un homme est tombé…

Ce soir un homme est tombé…

Il devait être sur les coups de 21h un soir dans une grande ville. Un vieil homme, comme à son habitude, est sorti se promener après avoir diné.
Plutôt que l’abri douillet de sa solitude, il préfère aller se mêler à la foule.
On l’imagine, sans peine, flâner à cette heure, entre chien et loup, en dévisageant les passants d’un regard curieux et presque photographique.
Il faut dire que c’est un photographe qui s’est fait un nom car il n’avait pas son pareil pour capturer avec talent les danseurs et musiciens de Flamenco. Il associa le noir et blanc à la philosophie flamenca empreinte de sensibilité à fleur de peau et d’amour effréné du paroxysme.

Ce soir un homme est mort…

A-t-il trébuché ? A-t-il fait un malaise ? Le fait est que cet homme s’est retrouvé à terre inconscient. La rue, dans laquelle il se trouvait, a beau être passante personne ne s’est arrêté.
Alors que sa vie durant il a su capturer et restituer avec son appareil photo ces fugaces et délicieux moments d’émotion, aucun passant n’a prêté attention à la détresse d’un corps étendu sur la chaussée. Aucune âme bienveillante ne s’est inquiétée devant l’anormalité que représente un homme affalé sur un trottoir.
Plus les heures passaient, plus le froid se faisait intense plus la vie le quittait.
Ce n’est que bien plus tard, vers 5h du matin, qu’un sans domicile fixe, habitué des porches d’immeuble, s’est penché avec humanité à son chevet et a prévenu les pompiers.
En vain, le froid et la blessure liée à la chute ont fini par couper le mince fil qui le reliait encore à notre monde.

Ce soir un homme est mort dans l’indifférence ou plutôt, comme l’a dit l’un de ses amis, tué par l’indifférence.

Peu importe que cet homme ait été connu, il pouvait être notre grand-père, notre père, notre ami, notre voisin.
Sa dramatique et triste fin interpelle sur notre société. Une société dans laquelle on en vient à enjamber ou contourner un corps sans s’arrêter. Une société qui a remplacé la plus évidente solidarité par une culpabilisation de celui qui est situation de faiblesse.
Ainsi, les malades, les chômeurs, les pauvres sont tour à tour responsables de leur situation.
« Il n’avait qu’à faire attention ». « Il n’a qu’à traverser la rue pour trouver un emploi ». « Il ne fait rien pour sortir de sa situation ».

C’est dans le fond très humain de culpabiliser l’autre pour justifier son propre égoïsme. Et, c’est donc très populiste de la part des hommes et des femmes politiques que d’en jouer.
Après tout si les gens sont responsables de leurs propres souffrances que pouvons-nous leur reprocher à ces élus ?

Nous espérions faire accepter et respecter les différences et nous en sommes arrivés à nous murer dans l’indifférence.

Nul ne saura jamais si cet homme a eu conscience de cette vie qui l’abandonnait au rythme des pas pressés qui résonnaient autour de lui tout au long de sa lente agonie.
Mais si cela a été le cas, nul doute qu’il s’est dit que la pire des offenses envers nos semblables c’est de les traiter avec indifférence. C’est là l’essence même de l’inhumanité.

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