Noël, pauvreté et violence

Les rues de la ville se sont parées de leurs plus belles décorations de Noël. Il flotte dans l’air un parfum d’allégresse accompagné par cette odeur si particulière de châtaignes grillées.

Les fêtes de fin d’année ont ce pouvoir de suspendre le temps et d’apporter cette légèreté à un quotidien souvent trop pesant.

Les gens s’affairent à acheter leurs cadeaux. Ce plaisir d’offrir à leurs proches compensent ce temps révolu de l’enfance où ils croyaient encore au père Noël.

Parmi eux, un père et son fils se promènent. Les yeux de l’enfant brillent d’émerveillement devant cette magie palpable.

Ils suivent le flot des chalands, longeant les vitrines des magasins qui ont rivalisé d’imagination pour la circonstance. Si le père répond avec un petit sourire aux personnes qui le saluent, quelque chose ne cadre pas avec l’euphorie ambiante. Son regard est plus mélancolique. On devine un poids dont il ne peut pas s’alléger.

En fait, il n’arrive pas à trouver le bon moment. Ce moment où il devra dire à son fils que cette année il ne doit pas s’attendre à grand-chose que Noël, ça sera pour les autres…

Il n’y aura pas de cadeaux, peut-être au mieux un réveillon mais sans l’abondance propice à cette période.

Ce père ne demandait pas grand-chose, il s’était habitué à voir ses propres espoirs déçus. Il aurait seulement voulu préserver ceux de son fils. Sa joie était le seul cadeau qu’il aurait souhaité.

Mais c’est la première fois qu’il n’arrivera pas à préserver la magie des fêtes de fin d’année.

Cela fait quelques années qu’il se sentait glisser, cela fait quelque temps déjà que la chance le fuit. Il a cette fois l’impression d’entrainer son fils dans sa chute qui ne semble pas avoir de fin.

Il ne sait pas comment le dire. Il s’en veut de briser ainsi son émerveillement. Il se sent responsable même si, dans le fond, il n’y est pour rien. Il s’en veut, il en veut à la société. Il oscille entre tristesse et colère. Il ne sait même plus s’il doit être en colère contre sa propre incapacité à trouver des solutions ou contre la société qui ne lui en apporte aucune.

Des parents qui vivent cela nous en croisons. Si, par fierté, ils n’affichent pas leur détresse, nous y répondons, par égoïsme, en feignant de ne rien remarquer.

Si les signes extérieurs de richesse peuvent s’exhiber, la pauvreté, elle, justement, n’offre rien à exhiber. Il ne reste que l’honneur de ne rien dévoiler…  

Ces ménages qui vivent sous le seuil de pauvreté ou peuvent y basculer à tout moment sous soumis à une forme de violence qu’on se refuse à admettre.

Oui ! Ne pas avoir les moyens d’offrir à ses enfants un peu de magie a quelque chose de violent.

Combattre la pauvreté, se battre pour ceux qui y vivent et pour ceux qui à tout moment peuvent y basculer demande un courage politique.

Or, aujourd’hui, ce courage se résume à des chimères. A l’instar des religions qui promettent le vrai bonheur après la mort, on promet à ceux qui souffrent, le bonheur mais après l’obtention d’une autonomie de plein droit et de plein exercice.

On ne sait plus trop si on veut ainsi justifier une inaction politique ou utiliser la détresse du peuple pour appuyer des revendications politiques. « Vous voulez mieux vivre ? Réclamez l’autonomie ! »

Combattre la pauvreté, c’est faire tout ce qui est possible pour préserver le pouvoir d’achat. Et, en premier lieu, dénoncer les situations de monopole qui exploitent les Corses. Faut-il plus d’autonomie pour cela ? Bien sûr que non !

Combattre la pauvreté, c’est avoir une politique du logement ambitieuse. Il faut des logements sociaux pour permettre aux plus fragiles de pouvoir se loger. Il en manque au moins 9 000 pour répondre au besoin immédiat. Au lieu de cela, on en détruit !

C’est également lutter contre les logements insalubres et les passoires énergétiques en lançant une campagne de rénovation énergétique afin de permettre des économies à l’heure où le prix des énergies flambe.

Faut-il plus d’autonomie pour cela ? Certainement pas !

Combattre la pauvreté, c’est éviter d’augmenter des taxes comme la TEOM, une taxe injuste puisqu’elle impacte de la même manière les plus riches et les plus pauvres. Des taxes dont la finalité consiste à couvrir des dépenses de fonctionnement mirobolantes ou compenser l’incapacité à prendre des décisions et, surtout, à les mettre en œuvre.

Faut-il plus d’autonomie pour cela ? Absolument pas !

Combattre la pauvreté, c’est augmenter les services publics et notamment les transports en commun. Après tout, ne dit-on pas que le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Il faut proposer quand cela est possible la gratuité mais certainement pas la supprimer quand elle existe déjà.

Faut-il plus d’autonomie pour cela ? Mais, de qui se moque-t-on ?

Dans le fond, le problème n’est pas de vouloir obtenir plus d’autonomie, le souci est de ne faire que ça en méprisant tout ce qu’il déjà possible de faire.

Oui, c’est vrai, l’Homme a besoin de chimères pour avancer. Mais l’art de la politique doit être de les mettre à leur place car si on se soumet aux chimères, on ne fait rien de sérieux.

Et, il est grand temps de se mettre sérieusement au travail !

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