NPRU ou la bombe légalisée.

Ceux qui ont lu la presse ou regardé les réseaux sociaux ont pu constater que la majorité municipale et les différents partenaires y compris l’Etat se sont réjouis de la signature du nouveau programme de rénovation urbaine (NPRU). Corse Matin a même évoqué des applaudissements.

Il y a quelque chose d’indécent dans ces applaudissements qui saluent la destruction de 104 logements de la cité des lacs et des monts. Des logements qui pour la plupart représentent l’histoire d’une vie.

La mémoire d’un conjoint disparu, des souvenirs d’enfance vont partir en fumée en quelques minutes.

Quel décalage entre cette autosatisfaction d’une bureaucratie aveugle et le déracinement d’une centaine de personnes. Des personnes que bien souvent la vie n’a pas épargné.

On peut reloger des personnes mais on ne déménage pas l’histoire d’une vie.

Et ce que Emmanuelle de Gentili balaie d’un revers de main en évoquant des polémiques pré-electorales ce n’est rien de moins que l’œuvre magistrale de deux architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal.

Une œuvre qui leur a valu de recevoir, il y a quelques mois, le prix Pritzker (équivalent du prix Nobel pour l’architecture).

Une œuvre qui est marquée par la dimension sociale que l’on retrouve au cœur de la pratique de ces deux architectes, avec de nombreuses réhabilitations ou constructions de logements sociaux.

Comme le dit Jean-Philippe Vassal :

 « ce n’est pas facile d’avoir des convictions, d’essayer de les défendre pendant 30 ans et de s’y tenir au quotidien ».

Et la majorité municipale bastiaise nous démontre combien il est plus facile d’y renoncer.

On ne redessine pas un quartier assis derrière un bureau en supprimant d’un coup de gomme les souvenirs de centaines de vie.

Comment défendre une identité collective quand on attache aussi peu importance à l’identité propre des habitants d’un quartier ?

Mais tout cela ne serait que de jolis mots s’il n’y avait pas eu les réalisations concrètes d’Anne Lacaton et de Jean-Philippe Vassal, notamment les jardins d’hiver à Bordeaux.

Il s’agit de la réhabilitation de 2 000 logements sociaux dans la cité du Grand Parc. En partant d’un postulat simple « en détruisant un logement, on détruit une vie, en le rénovant on embellit une vie », Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont développé un projet d’une incroyable dimension humaine.

Mais, au-delà du respect des habitants, il y a aussi la volonté respecter les contraintes environnementales : rénover génère beaucoup moins de déchets qu’une destruction et la rénovation énergétique permet de faire considérablement baisser les consommations.

Bernard blanc, le directeur général de l’OPHLM de Bordeaux Métropole, nous avait confié que l’obtention du permis pour les jardins d’hiver avait été compliqué en raison de certaines règles administratives.

Le maire de l’époque, Alain Juppé dont je ne partage pourtant pas les idées, l’avait signé malgré tout en mettant au défi quiconque de s’opposer à un projet visant à améliorer la vie de plusieurs milliers de personnes.

On mesure l’écart avec la majorité municipale bastiaise qui, elle, se soumet aux règles définies par l’agence nationale pour la rénovation urbaine qui impose que rénovation rime avec destruction.

Pierre Savelli se félicite de « combiner l’urbain, l’humain et l’économique ». (Corse Martin 31 juillet 2021)

En ce qui me concerne, je suis de ceux qui pensent que l’urbanisme et l’économie doivent se mettre au service de l’humain.

Quant à l’économie, notons que des chantiers de rénovation auraient créé de l’emploi et développé un savoir-faire au niveau local alors que la destruction n’apporte rien.

« Si on ne répond qu’aux besoins, on ne touche jamais à la possibilité de la liberté, du rêve, d’inventer, cette possibilité que des choses auxquelles on n’avait pas pensé puissent exister » (Jean-Philippe Vassal)

Dommage pour notre ville que la majorité municipale bastiaise se prive de cette possibilité

Pour ceux que ça intéresse, une conférence données par Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal :

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