Une liberté avec un arrière goût fétide

Hier, un vent de liberté a soufflé sur la France.

Nous sommes nombreux à nous être précipités pour consommer en profitant de ce timide soleil du mois de mai.

Les réseaux sociaux ont été submergé de selfies avec des plats consommés en terrasse. Le café est, même, devenu l’emblème de cette liberté retrouvée.

On a assisté à la haie d’honneur du personnel des grands magasins parisiens pour célébrer le retour des premiers clients.

Et, pendant que, insouciants, nous célébrions la fin du confinement en consommant, une autre manifestation avait lieu.

Il s’agit d’un appel à la mobilisation lancé par les syndicats suite à la mort du brigadier Eric Masson assassiné pendant une interpellation. Un acte odieux qui a privé deux enfants de leur père. On imagine, aisément, la peine et le chagrin qui dévastent sa famille, ses proches et ses collègues.

Ce drame a provoqué une vague d’émotion chez bon nombre de Français. C’est la raison pour laquelle une très large partie de la classe politique a tenu à participer à ce rassemblement.

Le parti communiste, le parti socialiste, les écologistes d’EELV, le centre, les Républicains et l’extrême droite avec sa cohorte de représentants, personne ou presque ne manquait à l’appel.

Le Ministre de l’intérieur et le préfet de police de Paris y sont même allées de leur passage.

Si bien qu’on pouvait légitimement se demander contre qui la police allait exprimer son courroux….

La réponse glaçante est tombée pendant la prise de parole des organisateurs. A la tribune, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance s’est exclamé d’une voix grave et sentencieuse : « le problème de la police, c’est la juuuustiiiice ! » (J’insiste sur le redoublement des voyelles).

En surfant sur l’émotion causée par un acte odieux, ce syndicat de police a jeté à la vindicte populaire les magistrats qui ont été copieusement hués.  

Pendant que nous consommions tout sourire, il était porté l’une des plus grandes atteintes à l’essence même d’un régime démocratique : la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judicaire.

Nous pouvons nous plaire à penser qu’il ne s’agit que d’un nième dérapage.

Nous pouvons nous persuader que l’absolue horreur des régimes nazis et fascistes est loin derrière nous.

Nous pouvons nous illusionner à croire que ces abjectes régimes ont émergé en un claquement de doigt sans aucun signe avant-coureur.

Mais si aujourd’hui nous pouvons rire attablés aux terrasses des cafés ce n’est pas seulement à cause de l’allégement des mesures sanitaires.

Si nous pouvons consommer, penser comme nous le souhaitons, croire en ce que nous voulons, aimer qui nous désirons c’est parce qu’il y a quelques dizaines d’années des personnes ont donné leur vie pour résister contre l’infamie.

Jean Moulin, Jean Nicoli, Daniele Casanova, Guy Môquet et tant d’autres connus ou inconnus se sont sacrifiés pour un idéal de démocratie.

Ils l’ont fait en combattant un régime parce que d’autres par lâcheté, par crainte d’aller à l’encontre de l’opinion publique, ont préféré fermer les yeux alors qu’ils avaient la possibilité d’agir.

Par ambition électorale, toutes les personnalités politiques ont préféré flatter l’opinion publique par leur présence. Une opinion publique qui s’est pourtant immiscée dans l’enceinte sacrée de la justice. Une opinion publique qu’un grand avocat – Maitre de Moro-Giafferi – qualifiait d’intruse », de catin qu’il fallait « chasser du prétoire » sous peine de la voir « tirer le juge par la manche ».

Le ministre de tutelle de la police a cautionné par sa présence, aussi courte qu’elle fut, de tels propos tenus devant le temple du pouvoir législatif – l’assemblée nationale- à l’intérieur duquel un autre ministre, celui de la Justice, exhortait à ne pas monter la police contre la justice.

Notre classe politique est décidément devenue plus incohérente qu’une émission de téléréalité…  

La défense de la démocratie dépasse le clivage gauche, droite. Aucun des deux n’en a d’ailleurs le monopole. Elle n’a pas non plus de nationalité. Et, elle ne s’arrête pas aux frontières car ces dernières ne contiennent pas le totalitarisme.

Mon engagement en politique remonte à la dernière élection municipale de Bastia, je ne sais pas où il me conduira mais ce que je peux affirmer c’est que jamais je ne sacrifierai mes plus profondes convictions à des calculs arithmétiques.

Défendre ses convictions c’est justement ne pas céder à la tendance du moment pour être plus populaires.

Croire en la démocratie, c’est admettre que la majorité n’a pas le monopole de ce qui est juste !

Alors que les démocraties vacillent sous les coups de buttoir d’un péril brin grandissant, Il est possible de continuer à feindre de ne rien voir. On peut également s’aveugler d’insouciance pour profiter d’un bonheur quotidien futile en ignorant la tempête dévastatrice qui s’annonce ou, comme dans les années 30, se persuader qu’il ne s’agit, en fait, que d’une petite brise inoffensive et passagère. Mais, au regard de notre histoire pas si lointaine, jamais on ne pourra dire : « on ne savait pas… »

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