Quand les politiques réduisent le peuple à la foule.

« Le peuple », « au nom du peuple », « pour le peuple », voilà des expressions qui fleurissent dans les discours de nos hommes politiques.

Cela ne saurait être étonnant dans un système démocratique qui entend donner le pouvoir au peuple au moyen du suffrage universel.

Ainsi, le candidat X, en se revendiquant du peuple, affirmera que ce dernier est son unique obsession tout en accusant le candidat y de faire partie d’une élite dont l’intérêt est contraire à celui du peule.

Bien évidement le candidat Y dira totalement l’inverse.

Si bien que nous n’en saurons pas plus sur ce peuple dont ils se revendiquent, ni de cette élite qu’ils accusent.

Effectivement la démocratie (Demos et Kratos) entend donner le pouvoir au peuple. Et, ce pouvoir se manifeste par le vote au suffrage universel.

Pour autant, doit on résumer la démocratie au suffrage universel ? Il est évident que non.

Le contexte dans lequel est exercé le vote doit permettre l’expression pleine et entière de ce vote. C’est ce que l’on appelle les fondements de la démocratie :

  • La liberté des individus :
  • La règle de la majorité ;
  • L’existence d’une « constitution » et d’une juridiction associée (le Conseil constitutionnel en France) ;
  • La séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) ;
  • La consultation régulière du peuple (élection et référendum) ;
  • La pluralité des partis politiques ;
  • L’indépendance de la justice :
  • La liberté de la presse.

Si un de ces principes venait à faillir c’est tout le système qui pourrait être ébranlé.

D’ailleurs, la concentration des médias qui réduit le pluralisme gage de la liberté de la presse, les ingérences de l’exécutif dans le judiciaire ou les doutes sur l’indépendance de la justice ébranlent déjà notre démocratie.

Certains d’entre nous remettent en cause la pertinence des médias ou l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs. Mais il faut bien comprendre que c’est le fondement même de notre démocratie c’est-à-dire le pouvoir du peuple qui est ébranlé aux travers de ces critiques.

Cela ne veut pas dire que la critique doit être proscrite mais simplement qu’elle est suffisamment grave pour devoir s’appuyer sur des faits tangibles, des preuves et non sur la simple affirmation de propos populistes.

N’oublions pas que, dans la course effrénée au pouvoir, il est effrayant de voir à quel niveau certains hommes politiques sont prêts à se laisser rabaisser.

Et, les populistes sont justement ceux que le caniveau n’effraie pas.

D’ailleurs, le populiste ne cherche pas à s’adresser au peuple mais à la foule. La foule électorale.

Le peuple c’est l’ensemble des individus avec leur personnalité, leur conscience individuelle, leurs spécificités propres.

Le peuple a une dimension politique puisque c’est l’ensemble des citoyens d’un Etat ou des personnes constituant une nation

La foule au sens de Gustave Le Bon (médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français qui vécut de 1841 à 1931) a une dimension psychologique.

Or, selon Victor Hugo, « souvent la foule trahit le peuple ».

Bien évidemment, la foule psychologique n’est pas un simple agrégat de personnes.

Des centaines d’individus se trouvant au même endroit dans des buts différents (par exemple, des gens sur un marché, parmi lesquels on trouve des promeneurs, des acheteurs, des vendeurs, des agents de police, etc.) ne forment qu’un agrégat, alors que quelques individus, dans certaines circonstances, constituent une foule

Dans son livre, psychologie des foules, écrit en 1895 et formidablement d’actualité, Gustave Le Bon explique qu’une foule au sens psychologique c’est l’évanouissement de la personnalité consciente et l’orientation des sentiments et des pensées dans un sens déterminé. Il faut pour cela l’existence de certains excitants.

La foule psychologique est un être provisoire, formé d’éléments hétérogènes qui pour un instant se sont soudés, absolument comme les cellules qui constituent un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède.

Si l’on raisonne au niveau de l’individu, ce dernier en foule acquiert trois caractères que l’on ne trouve que dans l’état de foule :

  • L’irresponsabilité. Du fait du nombre, un individu en foule peut ressentir un sentiment de « puissance invincible » et voir ses inhibitions s’effondrer. Il pourra accomplir des actions qu’il n’aurait jamais accomplies seul (par exemple, piller un magasin de façon non préméditée) : « le sentiment de responsabilité… disparaît entièrement. »
  • La « contagion ». Une même passion agitera tous les membres de la foule avec une grande violence.
  • La suggestibilité. L’individu faisant partie de la foule voit sa conscience s’évanouir, au même titre que celle d’un hypnotisé. Il n’a plus d’opinions, ni de passions qui lui soient propres. Cela explique que des foules puissent prendre des décisions allant à l’encontre des intérêts de leurs membres, (Par exemple, les Conventionnels qui lèvent leur propre immunité (ce qui leur permettra de s’envoyer les uns les autres à l’échafaud)

Ces trois caractères expliquent pourquoi les populistes préfèrent la foule au peuple.

La foule est imperméable au raisonnement logique, En revanche elle est très perméable à des associations d’idées que nous pourrions juger primaires ou invraisemblables.

Elle pense par image et l’image évoquée en évoque elle-même une série d’autres n’ayant aucun lien logique avec la première. Et ce que son imagination déformante rajoute à l’événement réel elle le confondra avec lui. L’invraisemblance n’existe plus.

Ce ne sont donc pas les faits en eux-mêmes qui frappent l’imagination populaire, mais bien la façon dont ils sont répartis et présentés. Il faut qu’ils produisent une image saisissante qui remplisse et obsède l’esprit.

Qui connaît l’art d’impressionner l’imagination des foules connaît aussi l’art de s’imposer aux peuples.

Le populisme, qui contrairement à ce que certains se plaisent à penser ne parle pas au peuple, fonctionne autour d’un savant mélange de 4 mythes : le complot, le chef, l’unité et l’âge d’or

Il faut un complot qui explique pourquoi le désir du peuple se trouve être contrarié.

Le complot de l’élite, des fameux 1%, de la finance internationale, de Bruxelles, de l’Islam voire de tout cela réuni.

Il faut un chef providentiel pour le dénoncer et rétablir l’unité du peuple préalable à un retour à l’Age d’or.

Le fameux « make America great again ! » de Donald Trump.

Pour manipuler les foules, les mouvements populistes appliquent une stratégie articulée autour de 4 points :

  • Le prestige (il faut un meneur d’homme, un chef…)
  • L’affirmation (sans se perdre en raisonnements)
  • La répétition (la chose affirmée doit s’imposer comme vraie à force de répétition)
  • La contagion (lorsqu’une affirmation a été suffisamment répétée elle se propage : effet de mode)

A partir d’un constat (chômage élevé, insécurité en haute, logement difficilement accessible, perte d’identité) le populiste va, par affirmation, désigner les coupable (politique européenne, immigration, spéculation étrangère, colonisation de peuplement).

Cette affirmation va être relayée par les militants, la presse

Mais c’est surtout la prédominance des réseaux sociaux qui va permettre d’atteindre le seuil de contagion. L’affirmation est partagée et retweetée de manière exponentielle.

Il y a un siècle, la contagion demandait la présence simultanée d’individus en un point.

Puis, l’avènement des médias de masse (télévision, presse) a permis de « contaminer » les gens sans qu’ils aient à bouger de chez eux.

Aujourd’hui, la prédominance des réseaux sociaux permet aux mouvements populistes de mettre en œuvre la contagion sans passer par des intermédiaires (médias de masse)

Les hommes politiques de conviction, persuadés que leurs idées allaient rendre le peuple plus heureux ont fait place à une catégorie de politiques dont la seule conviction est guidée par l’obtention du pouvoir.

En somme, là où la grandeur de la fin (l’amélioration de la société) justifiait les moyens, aujourd’hui, tous les moyens sont bons dans la quête du pouvoir pour le pouvoir.

Flatter les « bas-cotés » du peuple n’est pourtant pas digne de ceux qui sont précisément chargés de l’éclairer

Comme l’a écrit Gustave Le Bon :

« Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule mais d’élever la foule vers l’élite »

Reste à faire notre choix de citoyen : allons-nous utiliser notre capacité de raisonnement pour le peuple ou allons-nous nous choisir le confort, bien au chaud, au milieu de la foule ?

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