Emmanuel Macron: Robin de la finance

Tout le monde connait Robin des Bois, Ce personnage fictif qui rendait au peuple l’argent des impôts prélevés.  Dans les pièces élisabéthaines, il y acquiert un titre de noblesse,  Robin de Loxley. Il devient un noble qui vole au secours du peuple.

Emmanuel Macron, lui, est le parfait anti Robin des Bois. Il veut restituer à l’élite l’argent des impôts. Et, alors que ses origines ne le plaçaient pas parmi les plus riches, Il a,pourtant, endossé le rôle du héros de nos élites.

Si Emmanuel Macron affirme qu’il est le président de tous les Français, il y a chez lui la conviction qu’il existe deux types de Français : ceux qui font la France et les « riens ». A l’instar des rois de France qui, bien que rois de tous les Français, étaient avant tout les rois de la noblesse française. Le roi de droit divin a fait place au roi de droit financier.

Mais quelle est cette cause au service de laquelle s’emploie notre « Robin de la finance » ?

Il s’agit ni plus ni moins que de l’émancipation des élites.

En effet, depuis quelques années, un phénomène presque invisible est en train de marquer notre société. Un phénomène mis en évidence par le sondeur Jérôme Fourquet dans une étude pour la fondation Jean Jaurès.  Voici les différents enseignements que l’on peut en tirer.

Une ségrégation géographique

Ainsi sur la période 1985-2017, la diversité sociologique s’est considérablement réduite dans les grandes villes où la population des cadres et des professions intellectuelles a grimpé en flèche. Cette population à progressivement perdu le contact avec le reste de la société, et notamment avec les catégories populaires, elles ont de plus en plus de mal à appréhender la réalité concrète du pays.

Une ségrégation scolaire

Les catégories favorisées bénéficient de ressources financières plus importantes, disposent d’un meilleur niveau d’information et accordent souvent une importance primordiale à l’acquisition d’un bon capital scolaire. Elles sont donc potentiellement plus enclines à frapper à la porte de l’enseignement privé.

De même, la base sociale de recrutement des grandes écoles semble se resserrer dans les années 1980 après avoir connu une relative démocratisation à l’image de l’ensemble de l’enseignement supérieur

L’exil

Ce désir de l’entre soi a pour conséquence le fait que de nombreux membres des catégories les plus favorisées éprouvent, aujourd’hui, davantage d’affinités avec les personnes d’autres pays de niveau social équivalent qu’avec leurs concitoyens plus modestes.

Depuis le début des années 2000, le nombre de Français immatriculés dans des consulats situés en Suisse, au Luxembourg ou en Grande-Bretagne  (pays réputés pour leur environnement fiscal clément) a littéralement explosé.

Ainsi, si dans les médias, à longueur d’articles, Il est fait la critique de la montée des communautarismes qui détériore le sentiment d’appartenance nationale, force est de constater que nos élites ne font pas mieux. Autres motifs même conséquence.

Dans ce contexte, la stratégie d’Emmanuel Macron a été très simple.

Tout d’abord, il a envoyé des signes ostentatoires d’appartenance à cet entre-soi si cher aux élites.

Ainsi, les éléments de langage de notre Président trahissent cette vision d’un peuple hiérarchisé.

Le vocabulaire utilisé par le président de tous les Français interpelle. Des mots tels que « rémanence », «idiosyncrasie », « disruption » et même le rarissime « ipséité » émaillent ses discours.

Des mots certes passés plus inaperçus que les fameux «poudre de perlimpinpin» ou « galimatias» utilisés lors du débat de l’élection présidentielle. Cela pourrait prêter à sourire mais ce vocabulaire peut se concevoir comme un message subliminal adressé à une élite, une sorte de « je suis des vôtres ».

L’exemple le plus flagrant est, sans doute, son discours sur l’intelligence artificielle (29 mars 2018). Emmanuel Macron s’est livré à une exhibition pédante de son patrimoine culturel. Un patrimoine culturel qu’il estime commun aux élites.

Ensuite, Emmanuel Macron a facilité le phénomène de  ségrégation en modifiant la fiscalité et notamment l’ISF et réduisant les dépenses publiques.

Selon une étude publiée en janvier par l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les 5% des Français les plus aisés devraient ainsi connaître, grâce à ces mesures, une hausse de 1,6% de leur niveau de vie en 2018, soit 1 730 euros par ménage. Pour les 1% les plus aisés, le gain sera même plus important encore, puisqu’il atteindra 4,8%. Ces 280 000 ménages les plus riches de France capteront ainsi 2,7 milliards des mesures socio-fiscales prévues pour 2018, soit 9600 euros par ménage

Depuis fin mars 2018, la France vient de rentrer dans les clous budgétaires européens. En effet, le déficit vient de passer sous la barre des 3% du PIB fixés par Bruxelles.

Il convient de remarquer qu’après le Brexit, la France est le seul pays européen à être doté d’une armée et de l’arme nucléaire. Une puissance dont bénéficie l’Europe et et, pourtant, l’entretien de cette armée est inclus dans le déficit public.

Or, le gouvernement veut continuer le dégraissage des services publics.

Les élites, assurées de jamais connaitre de dégringolades sociales, n’ont que faire de l’assurance chômage, de l’assurance maladie des hôpitaux publics, de l’école publique ou du bénéfice des services publics. Elles n’en auront jamais l’utilité.

Les élites puisent cette certitude de rester au sommet dans des événements tels que la crise des subprimes de 2007/2008.

Cette crise aurait pu entraîner le monde dans le chaos y compris les élites. Un chaos qui aurait pu provoquer un renouvellement de ces dernières

Les Etats, dans leur souci d’éviter l’effondrement de leur économie, ont soutenu les structures financières ce qui a provoqué la crise de la dette souveraine entraînant des restrictions budgétaires dont les plus démunis ont fait les frais.

Comme l’a souligné, très justement, Martine Aubry, « les services publics c’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien.

Réduire les services publics c’est, à terme, réduire les impôts. Or réduire les impôts c’est diminuer la contribution des élites.

Mais, pire, Emmanuel Macron, dans son souci d’alléger « les premiers de cordée », souhaite faire jouer la solidarité uniquement entre les classes moyennes et les classes populaires, exemptant les plus riches qui n’ont que faire d’une solidarité de classe.

Ainsi, les retraités paient pour les chômeurs et les actifs pourraient être sollicités pour les plus âgées pendant que les étudiants voient leur APL diminuer.

Enfin, on ne peut regarder que d’un œil dubitatif le projet de réforme visant à réduire de 30% le nombre de parlementaires. Car, cette réduction se ferait au détriment du rural alors que, nous l’avons vu, les plus riches s’accaparent les grandes villes françaises.

Ce déficit de représentativité d’une France rurale, par définition plus pauvre, pourrait nuire dans le choix des thématiques qui pourrait privilégier les sujets sociétaux parlant davantage aux CSP+ et aux plus diplômés. Un haut dirigeant du PS avait confié au magazine Marianne en février 2018 : « Notre vrai problème, c’est que, dans nos réunions internes, on s’engueule pendant deux heures sur la GPA, et on évacue le Smic en 5minutes… »

Et que penser de l’annonce faite par Emmanuel Macron de la suppression de l’ « exit tax » ?

C’est vrai cette taxe qui permet à la France de faire payer les entrepreneurs qui déménagent leur foyer fiscal à l’étranger ne semble pas très efficace. Mais, c’est la forme qui interpelle. Emmanuel Macron a fait cette annonce dans le magazine économique américain (des riches) Forbes.

Emmanuel Macron, qui n’arrête pas d’affirmer qu’il est le Président de tous les Français, ne fait rien pour démentir la vision prophétique de l’historien Yuval Noah Harari dans son livre à succès Homo Deus : une brève histoire de l’avenir : «Contrairement au XXème siècle où les élites avaient tout intérêt à régler les problèmes des pauvres parce qu’ils étaient militairement et économiquement vitaux, au XXIème siècle la stratégie la plus efficace (bien qu’implacable) pourrait être de se débarrasser des voitures inutiles de troisième classe et de foncer avec les seules voitures de première »

Un manque d’humanisme de nos élites que dénonce sévèrement  l’historien et sociologue américain Christopher Lasch dans son livre « La Révolte des élites et la trahison de la démocratie », publié à titre posthume en 1995. Christopher Lasch prend le contrepied d’Ortega y Gasset dans son livre la révolte des masses (1930).

Ce dernier écrivait  à propos de l’homme de la masse: « Il ne se souciait que de son bien-être personnel et envisageait avec confiance un avenir de « possibilités illimitées » et de « liberté complète ». Parmi ses nombreux défauts, figurait un « manque de romanesque dans ses rapports avec les femmes. » (…) Ce qui caractérisait par-dessus tout l’esprit de la masse, toutefois, c’était « la haine mortelle de tout ce qui n’était pas elle-même. (…) »

La thèse de Christopher Lasch est que « toutes ces attitudes mentales sont davantage caractéristiques aujourd’hui des niveaux supérieurs de la société que des niveaux inférieurs

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