Mort d’un héros

Si je vous parle des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly, ça vous évoque sans trop d’effort l’attentat de Charlie hebdo et la prise d’otage meurtrière d’une supérette casher.

Si je vous parle de Mohamed Merah, vous allez penser aux tueries terroristes de Toulouse.

Si je vous parle de Salah Abdeslam, vous allez me répondre les attentats du 13 novembre 2015.

Très bien. Et, maintenant, si je vous parle de Lassana Bathily, si je vous évoque Franck Terrier, si je vous nomme Marin, vous ne voyez pas? N’est ce pas un peu plus difficile ?

Pourtant le premier, un jeune migrant malien, employé de la superette casher, a participé à sauver un groupe de six personnes, dont un bébé.

Le deuxième, lors de l’attentat de Nice, après avoir jeté son scooter sous les roues du camion bélier, avait rattrapé le camion à pieds et tenté de stopper le terroriste en s’agrippant à la cabine du camion.

Le troisième, jeune étudiant d’à peine 20 ans, a été lynché après avoir pris la défense d’un couple coupable de s’embrasser. Il est resté 3 mois dans le coma et porte encore aujourd’hui les séquelles de son agression.

Et oui, le constat cinglant est que notre société a plus de facilité à se souvenir de ses bourreaux que de ses héros.

Bien entendu, le rabâchage des chaînes d’info en continue, des radios et la multiplication des « unes » de la presse écrite participent à cette tendance.

Mais d’un autre coté, dans leur course à l’audience, les médias usent jusqu’à la corde ce qui attire le téléspectateur, l’auditeur, le lecteur. C’est un peu le paradoxe de l’œuf et de la poule.

Et, aussi surprenant que cela paraisse (ou pas) le morbide est plus sexy médiatiquement que l’héroïsme.

Peut être que le héros nous renvoie à notre propre peur de ne pas être capable d’en être un le jour J. Car, il n’y a qu’au jour J, au moment M, dans le cœur de l’action que nous pouvons le vérifier. Sinon, dans notre canapé, devant notre télévision, nous sommes tous des héros !

A cette liste non exhaustive de héros, vient de s’ajouter le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

En se levant, ce 23 mars 2018, il ne se doutait pas qu’il allait faire le sacrifice de sa vie pour sauver celle d’une otage. On imagine, peu ou prou, que sa journée a commencé comme celle des 68 millions de Français. Jusqu’à ce terrible face à face, entre un homme décidé à donner sa vie pour une cause dévoyée et mortelle et un autre homme qui dans l’action, sans presque y réfléchir, a fait don de la sienne pour la vie d’une inconnue.

En fait, non, pour nos vies à tous car il serait injuste faire porter ce sacrifice sur cette otage.

Soyons persuadés que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame n’a pas donné sa vie comme on donne un chewing-gum. Il a été guidé par ses valeurs, des valeurs qu’il estimait plus importantes que ce qu’il avait de plus cher, sa propre existence.

Sa mère a déclaré au micro de RTL que s’il avait pu, il lui aurait dit « J’ai fait mon travail, Maman, c’est tout »….

Et bien « mon ami » (si je peux me permettre de t’appeler ainsi et te tutoyer bien que je ne te connaisse pas), tu as fait bien plus que ton travail. Tu as littéralement incarné l’essence même de notre société.

Cette essence qui devrait nous rappeler que nos préoccupations particulières doivent s’effacer devant certaines valeurs comme la Liberté et la Fraternité.

Cette essence qui fait de notre société la cible d’organisations dont la seule valeur est la haine.

Repose en paix « mon ami »…

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