Putain de bonheur !

Qui ne s’est jamais posé la question « suis-je heureux ? ».
Il est indéniable que nous cherchons, tous, à être heureux. Enfin, sauf quelques spécialistes de la plainte permanente, je vous l’accorde
Suis-je heureux ? Je n’en sais rien. Je n’en sais foutrement rien. Comment savoir si je suis dans un état de félicité, de bien être ? Si j’avais conscience d’être dans cet état pourquoi m’efforcerai-je à aller de l’avant au risque d’en sortir ? Peut-on imaginer être heureux et entreprendre au risque de tout perdre ?
Atteindre le bonheur, toujours différent et ailleurs, n’est ce pas ce qui nous fait avancer ? L’homme enchaîne ne cherche t il pas à être libre ? L’homme libre ne cherche t il pas à être meilleur ?
Nous avons, nous Européens, plus de raison d’être heureux que le père africain qui voit, impuissant, son fils mourir de faim. Et pourtant, cette certitude nous rend elle heureux?
Je cours après un bonheur dont j’ignore tout. Un putain de bonheur que je pourrais, peut être, ne même pas reconnaître si je l’atteignais.
Les religions nous disent, sans exception, que le véritable bonheur serait dans l’au-delà. Une vie après la mort ? Un paradis nous serait promis si nous suivons les préceptes religieux.
Une vie de devoirs pour accéder à un bonheur éternel. Selon la religion c’est à la souffrance que nous mesurons notre respect de ce devoir. Le modèle du Christ venu sur terre pour racheter les péchés des hommes en mourant sur la croix.
Le bonheur n’est pas sur cette terre, et nos souffrances sont autant d’épreuves pour mesurer si nous méritons le paradis. Croire en cela, c’est une réponse. En tout cas personne n’est revenu d’entre les morts pour porter réclamation !
Il ya tout de même un souci quand ceux, qui y croient, pensent que le bonheur qu’ils voient chez les autres ne sont que des obstacles à ce bonheur spirituel post mortem. Nous connaissons tous des destructeurs de bonheur qui utilisent le sentiment de culpabilité. Une culpabilité censée ramener sur le droit chemin du devoir et de la souffrance les brebis égarées dans un semblant de bonheur terrestre.
Ce qui me pose problème avec la religion, c’est qu’elle nous promet le paradis en nous demandant de ne pas être mauvais. Comme si se contenter de nous écarter du péché suffisait à faire de nous des hommes bons. Or, ne s’améliore t on pas en cherchant à être meilleur et non pas en se contenant de ne pas être mauvais ?
La vie c’est le mouvement. Avancer c’est mettre un pas devant l’autre et non uniquement prendre garde à ne pas tomber. Avancer c’est même prendre le risque de tomber. Et, la perspective d’un bonheur est une bonne carotte pour avancer. On ne peut que constater ce qu’il y a de dangereux à perdre tout espoir d’y accéder.
Nous avançons tous en direction d’une chose que personne ne peut définir et, sans doute, propre à chacun. Mon bonheur n’est pas forcément celui de mon voisin mais notre quête est commune.
Notre société de consommation ne se sert-elle pas de notre incapacité à cerner notre propre bonheur ?
C’est ce qu’elle fait en lui substituant des moments de plaisirs extrêmement temporaires. Elle crée des besoins à l’infini et nous permet d’atteindre une satisfaction en les comblant. Et, plus nous sommes en mesure de les satisfaire plus nous multiplions ces plaisirs. Cette somme de plaisirs pouvant faire croire à un état de félicité. Nous sommes comme des drogués toujours à la recherche de leur dose afin d’attendre une sensation de béatitude.
Avoir un boulot pour acheter un appartement, une voiture, un téléphone, un canapé avec les deux fauteuils qui vont avec, une télévision à écran plat.
Avoir de l’argent pour se procurer l’eau de toilette qui fait tomber les femmes, les habits qui feront de vous un winner, les gadgets high-tech qui vous feront briller en société.
Choisir notre mutuelle, choisir notre retraite complémentaire, choisir notre hospice où finir nos jours, choisir notre assurance décès pour nos propres obsèques.
Nous sommes des junkies à la recherche de toujours plus d’argent pour combler nos besoins et prendre cette succession de plaisirs comme une sorte de bonheur.
Je ne cherche pas à être moralisateur mais pour atteindre le bonheur, il vaut mieux savoir ce que nous sommes. Pour avancer, il vaut mieux savoir d’où nous partons afin d’éviter le surplace.
Il ne s’agit pas de bouder ces plaisirs si nous avons les moyens de les combler mais plutôt de ne pas les confondre avec le bonheur.
Je refuse de résumer ma vie à une voiture, un appart, un boulot… même si j’ai la chance de les posséder. Ces plaisirs ne sont qu’individuels, factuels.
C’est là que l’on peut sentir une notion collective dans le bonheur. Car comment s’imaginer heureux si tous ceux qui nous entourent ne le sont pas?
Et, puis le bonheur aurait du mal à être individuel pour une raison très pratique. En effet, les attentes et les désirs des uns et des autres sont souvent contradictoires, si chacun ne recherchait que son propre bonheur, il en résulterait des conflits permanents, ce qui anéantirait toute chance de bonheur
Alors avant de nous affaler dans notre canapé et nous laisser lobotomiser devant la télé réalité en mangeant un plat prêt-à-consommer réchauffé au micro-onde, nous devrions réfléchir. Réfléchir à notre quête du vrai bonheur qui n’a de sens que si nous sommes prêts à nous mobiliser pour sa dimension collective.
Après tout ce n’est peut être pas la société qui fait de nous ce que nous sommes, mais nous qui faisons de la société ce qu’elle est.
Ah ! Il faut que je vous laisse; mon programme télé commence et mon plat refroidit!

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