Bourse: l’étrange baromètre

L’autre jour, une information est passée en boucle. En effet, la bourse de Paris a franchi le seuil symbolique des 4 000 points.

A y regarder de plus près, depuis 1900, le cours a franchi 4 fois ce fameux seuil. Tout d’abord en 1999 jusqu’en 2002-2003, puis en mi 2005 jusqu’à fin 2008, en 2011 pour quelques mois et enfin vendredi dernier.

Une bourse est une institution qui permet de réaliser des échanges d’actifs standardisés et ainsi d’en fixer le prix. On ne va pas rentrer dans des détails trop économiques que je ne maitrise d’ailleurs pas. En gros, les entreprises peuvent se recapitaliser en mettant directement en contact l’offre et la demande de capital. Par exemple, grâce à une introduction en bourse les entreprises ont accès à des ressources financières supplémentaires. Les bourses ont permis aux entreprises de grandir et donc de développer des projets qu’un individu seul n’aurait eu les moyens de financer.

La bourse est aussi une sorte de gros casino, on a des informations laissant penser qu’une action va grimper. Du coup, à l’ouverture, on en achète x à une valeur donnée et, pour gagner de l’argent, il faut les vendre, pas trop tôt pour bénéficier de sa hausse, mais avant que sa valeur ne commence à baisser. Bien entendu, les hausses n’étant jamais vertigineuses il faut, pour gagner beaucoup d’argent acheter un grand nombre d’actions.

Tout le monde aura compris, plus la valeur de l’ensemble des actions des entreprises grimpe, plus le cours de la bourse augmente. Donc, dans un contexte de crise mondiale, les perspectives des entreprises étant plutôt sombres, les valeurs baissent entrainant avec elles le cours des Bourse.

Ce qui est intéressant c’est que depuis fin 2009, nous connaissons une crise économique sans précédent. Il y a tout d’abord celle des subprimes suivie par la crise de la dette. Or, c’est en pleine crise que la bourse de Paris dépasse le seuil des 4000 points en 2011, puis dernièrement après une tendance haussière qui remonte depuis courant 2012. Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraitre, en pleine crise, la bourse grimpe au point de dépasser un seuil symbolique !

Enfant, je me souviens lorsque les transactions d’achats et de ventes se faisaient à la crié. Une foule de personnes faisaient des signes incompréhensibles avec leurs mains, leur cravate pour faire comprendre ce qu’ils achetaient, ce qu’ils vendaient, combien et à combien.

Les choses ont bien changé car la déréglementation a vu le monopole des agents de changes (seuls habilités à tenir le carnet d’ordres qui récapitulent tous les ordres du marché) disparaitre. Une déréglementation motivée par la nécessité d’aller plus vite, d’augmenter le nombre de transactions afin de générer plus d’argent.
Cela a permis le développement de nouvelles techniques comme la mise en place de trading à haute fréquence géré par de puissants ordinateurs dont la durée de détention des actions avoisine les 2 secondes !
Des hommes passent leur vie à créer des entreprises dont les titres changent de mains toutes les 2 secondes.

Les principales bourses sont devenues des marchés entièrement électroniques sans échange physique et le trading à haute fréquence représente 90% des ordres et génère un profit dépassant les 20 milliards de dollars.
Des programmes sophistiqués analysent toutes les tendances en temps réel, intègrent les rumeurs, les communications des grandes entreprises pour acheter ou vendre des millions d’actions en misant sur des micros hausses.
Cependant, avez vous déjà entendu parler du « gros doigt »(fat finger) ? Non pas doigt d’honneur mais bien gros doigt, qui est d’ailleurs bien plus dévastateur. Cette dénomination est donnée à une erreur commise dans un algorithme de programmation de ces ordinateurs surpuissants. Ainsi le 6 mai 2010, il y a eu un crash éclair (en plein contexte de crise mondiale). Ce crash a été causé par un trader qui a saisi un ordre de vente avec un « B » (billion, milliard en Français) au lieu d’un « M » pour Million. Une simple erreur de frappe qui a fait perdre à Wall Street près de 1000 points en quelques heures !! A côté, Les répercutions de la crise grecque seraient presque de la gnognote!
Un algorithme part en vrille, il influence le marché. Et, plus un marché est nerveux en raison d un contexte défavorable, plus les effets de spirale sont possibles. Plus la situation est tendue, plus ce qui paraît est plus important que ce qui est.

D’ailleurs, John Maynard Keynes, l’un des plus économistes les plus considérés, considérait que la bourse était un « concours de beauté ». En somme, pour gagner de l’argent, il ne faut pas investir sur l’entreprise potentiellement la plus rentable, mais sur l’entreprise dont tout le monde pense qu’elle est potentiellement la plus rentable. Et, dans un monde de communication exacerbée, cette nuance est très importante.

Aujourd’hui, les moyens de communication permettent de comparer en temps réel à un moment M, La Chine, les Etats Unis avec notre vieux continent et son aberrant et couteux système social. Ce système social est considéré comme un frein au développement, par rapport à la Chine qui n’en a aucun et connait une croissance importante. Ainsi, toute nouvelle annonce de mesure d’austérité provoque une envolée des cours boursiers.

L’austérité est tellement tendance auprès des analystes que le cours boursier parait déconnecté du monde humain. Car alors que la bourse de Paris franchit ce seuil symbolique des 4000 points, le pouvoir d’achat des Français connait sa deuxième plus forte baisse depuis l’après guerre. Mieux, si depuis 2009, le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer, depuis 2009, le CAC 40 ne cesse de croître.

La bourse c’est le temps présent, il n’y a pas de place pour le raisonnement à long terme. Les bourses représentent plusieurs milliards de transactions par jour. Toutes réalisées pour gagner le plus d’argent le plus rapidement possible.

Or, il parait indéniable que le développement économique non accompagné de développement social génèrera tôt ou tard de sérieux problèmes. En Chine, par exemple, beaucoup de personnes sont en réalité exclues des bénéfices du progrès économique.
Tout ou tard, sous la pression d’une population de plus en plus éclairée et désireuse de progrès social, la Chine sera contrainte de mettre en place une politique sociale et d’adapter son système économique à cette nécessité. À ce moment précis, des pays tels que la France, auront plusieurs décennies d’avance.

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