Football, richesse et misère

Hier soir, comme des millions de téléspectateurs, j’ai regardé le match de l’équipe de France contre la remarquable équipe de Slovaquie. Et, j’ai vu une chose extraordinaire ! Non, je ne parle pas du magnifique but de Benzema. Non, ce que j’ai vu ce sont 1900 « smicards » entassés sur le banc de l’équipe de France ! Incroyable non ? 1900 bonhommes sur un banc, oui c’est possible.
Explication : gros plan sur le banc de l’équipe de France. Trois presque gamins (Ribery, Benzema, Nasri) plaisantent entre eux, main sur la bouche pour éviter qu’on ne puisse lire sur leurs lèvres, moment d’insouciance volé par le caméraman. Un banc qui pèse lourd ! Non pas en poids mais en salaire. A eux trois, ils pèsent un salaire annuel de 30 millions d’euros.
30 millions d’euros (hors contrats publicitaires), à titre de comparaison, ça représente, en gros, 19 siècles de smic ou… 1900 « smicards » sur un banc !!
En fait, si on s’intéresse au top 10 des footballeurs les mieux payés au monde, leur salaire moyen annuel est de 12,19 millions d’euros (hors contrats publicitaires). Le salaire moyen du top 10 des patrons les mieux payés de France n’est que de 7,42 millions d’euros. Des pauvres, je vous dis.
Bon il est vrai qu’un footballeur ne peut être au plus haut niveau qu’un nombre réduit d’années. Prenons 10 ans, par exemple. En moyenne, au bout de ces 10 années, les footballeurs les mieux payés auront encaissé 122 millions d’euros.
Pour partir à la retraite, il faut cotiser (on arrondit) 160 trimestres. C’est-à-dire travailler 40 ans.
Pour gagner 122 millions d’euros en 40 ans, il faut gagner 254 000 euros par mois pendant ces 40 ans. Avouez que ce n’est pas mal !
N’y a-t-il pas un niveau d’indécence pour les rémunérations ? Surtout, quand plus de 8 000 000 de personnes vivent avec moins de 900 euros par mois (seuil de pauvreté). Ne faut-il pas se poser la question de la coexistence des plus forts salaires avec les plus faibles revenus au sein d’une société donnée ? Et, n’est ce pas, à terme, source de désordres sociaux ?
Au Vème siècle avant notre ère, Platon estimait que « le législateur doit établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté ». Il proposait un rapport de 1 à 4.
Plus récemment (fin du XIXème siècle) le banquier John P. Morgan (1837-1913) estimait qu’un PDG ne devait pas percevoir plus de vingt fois la rémunération moyenne de ses salariés.
Aujourd’hui, ce rapport entre plus hauts salaires et plus bas salaires a totalement explosé. Le système économique, qui est le notre, est incapable de réguler cet écart.
Les demandeurs sont de plus en plus gourmands (qui n’aurait pas envie de gagner 1000 fois le smic tous les mois ?). Et, les offres sont, de plus en plus, affolantes (qui refuserait de gagner toujours plus ?)
Rien ne permet de réguler l’écart hauts salaires bas salaires.
Certains grands patrons sont bien capables de raison, comme Louis Gallois (ancien patron de la SNCF) qui avait refusé l’augmentation très importante de son salaire au moment de prendre la présidence d’EADS. Mais, tous ne sont pas égaux devant le raisonnable.
En somme, si certains par éducation, idéologie, conviction, savent être raisonnables, tous ne savent pas l’être.
Aux Etats-Unis, pays où tout est censé être possible. Vous pouvez gagner des salaires à plus de cinq 0 voire plus. Mais, il est attendu des plus riches des actes de charité envers les plus démunis. C’est-à-dire qu’il est attendu qu’au moins partie du salaire, situés au-delà du décent, soit redistribuée. Et, il est vrai que tel ou tel grand patron peut donner une partie non négligeable de sa fortune à des associations caritatives.
En France, la solidarité ou Fraternité (vous savez le Fraternité de Liberté Egalité Fraternité) consiste à attendre de l’Etat qu’il protège les plus faibles. Notre société ne mise pas sur la charité.
C’est là que se pose la question de la partie du salaire située au-delà du décent. Car, cette partie est bien prise quelque part.
Pour que la Fraternité puisse s’exercer, il faut qu’elle puisse être redistribuée à destination de ceux qui souffrent.
Pour cela, il y a deux possibilités. Soit intervenir en amont en limitant le rapport entre hauts salaires et bas salaires ou salaires médians au sein d’une même entreprise. Soit, en aval, avec des impôts qui taxeraient de manière plus forte la partie du salaire située au-delà du décent.
Reste une question de poids : comment déterminer la limite entre le décent et l’indécent ?
Mais, il y apparaît évident que caser 1900 personnes sur un banc ne soit pas très normal.
Au fait, Fraternité républicaine dans « Liberté Egalité Fraternité » n’est elle pas une forme d’entraide entre citoyens visant un monde meilleur ?

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